Blanchiment d'argent : le GAFI retire la Côte d'Ivoire et la RD Congo de sa liste grise

Le Groupe d'action financière - organisation internationale de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme - réunit cette semaine à Paris a réexaminé sa liste de pays sous surveillance renforcée.
En effet, le GAFI a publié vendredi 30 octobre ses délibérations : la République démocratique du Congo et la Côte d'Ivoire ont été retirées de sa liste grise.
C'était attendu, la Côte d'Ivoire sort de la liste grise du GAFI, elle y était inscrite depuis octobre 2024. Une décision justifiée par le recours accru d'Abidjan à la coopération internationale dans ses enquêtes en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme et l'amélioration de la mise en œuvre de la surveillance des risques concernant les établissements financiers notamment, précise le Groupe d'action financière (GAFI).
Depuis son placement sur la liste grise du GAFI, la Côte d’Ivoire avait entrepris plusieurs réformes institutionnelles et règlementaires, rappelle notre correspondante à Abidjan, Fanny Noaro-Kabré. Mais c’est leur mise en œuvre effective qui a fait la différence, estime Mariame Ibrahim Touré, experte en lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et ancienne membre du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) : « Sur les enquêtes, les poursuites ont été renforcées. Il y a eu des amendes qui ont été prononcées avec un montant avoisinant plus de 2 millions d’euros. Par rapport à l’identification des bénéficiaires effectifs derrière les entreprises, il y a eu une plate-forme interconnectée qui permet aujourd’hui d’avoir des informations exactes et actualisées en 24 heures quand c’est urgent, sinon 48 heures en temps normal. »
En sortant de la liste grise, la Côte d’Ivoire redore ainsi son blason. À court terme, cela devrait faciliter ses flux de capitaux, moins de vérifications seront désormais nécessaires. Et par la même occasion, rassurer les investisseurs dont le pays a besoin pour financer son plan national de développement 2026-2030 (PND). La Côte d’Ivoire prévoit de mobiliser 170 milliards d’euros, dont 70 % doivent être portés par le secteur privé, rappelle le professeur titulaire d’économie Séraphin Yao Prao : « Là où la Côte d’Ivoire empruntait par exemple à un coût de peut-être 6.5, vous allez voir que la notation souveraine de la Côte d’Ivoire va être rehaussée, donc cela va faciliter l’attractivité économique de mon pays à pouvoir mobiliser les fonds nécessaires pour financer son plan national de développement. »
Toujours classée parmi les pays tiers à haut risque en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme par la Commission européenne, la Côte d’Ivoire pourrait voir sa situation réexaminée suite à cette décision du GAFI.
En RDC, des progrès qui devront se confirmer sur le terrain
L'autre pays qui sort de la liste grise est la RDC, inscrite en octobre 2022. La finalisation du cadre légal et l'adoption d'une stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ont permis cette avancée. L'autre élément décisif est l'attribution de ressources suffisantes et le renforcement de capacités de la cellule de renseignement financier ainsi que des autorités chargées des enquêtes et poursuites.
Figurer sur la liste grise du GAFI peut compliquer les transactions bancaires et décourager les investisseurs étrangers. Cette sortie devrait donc faciliter les opérations financières de la RDC. Pour Jean-Claude Mputu, porte-parole de la coalition anticorruption, le pays n’est pas à vendre, les progrès devront se confirmer sur le terrain : « Il faut évidemment que les institutions de contrôle aient les moyens de contrôler. Il faut que les bonnes pratiques s'installent au niveau des questions financières et de blanchiment. La première des choses est qu’on ne peut pas lutter efficacement contre le blanchiment tant que les citoyens congolais ne seront pas tous identifiés. C'est scandaleux qu'au XXIe siècle, les pays ne disposent pas de cartes d'identité nationale. Mais plus que cela, il faut respecter les règles de bonne gouvernance, le respect des lois des passations de marchés publics. Il faut mettre fin aux conflits d'intérêts au sommet de l'État. Il faut poursuivre et punir ceux qui sont auteurs des blanchiments et des détournements d'argent. Il faut transformer ces textes, qui sont une petite victoire, en une grande victoire, lorsque la corruption serait effectivement combattue et que le gouvernement commencera à mettre en œuvre ses propres textes. »
L'Angola, le Cameroun, le Kenya et le Soudan du Sud restent sous surveillance renforcée. Chacun ayant procédé à des avancées assez diverses. Quand le GAFI appelle Nairobi à poursuivre ses efforts pour mettre en œuvre son plan d'action et remédier à ses lacunes stratégiques, l'organisation pointe des délais écoulés et des progrès limités à Djouba.
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